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Et si les Américains étaient en train de perdre la guerre sur un autre terrain ?

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Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l’Iran. Un mois plus tard, le conflit s’enlise et se complexifie avec la restriction sévère de la navigation dans le détroit d’Ormuz imposée par l’Iran. Cette décision, qui suscite de nombreux débats, pourrait constituer le coup le plus significatif porté par Téhéran dans cette confrontation. Dès lors, jusqu’où l’administration Trump est-elle prête à aller pour rouvrir ce passage stratégique et préserver le statut international du dollar américain ?

Fouye Rasin Nou, 1er avril 2026_Dans l’objectif déclaré de neutraliser le programme nucléaire iranien et de favoriser un changement de régime, les États-Unis, en coordination avec Israël, ont mené une série de frappes de missiles et de drones visant des hauts responsables iraniens et certaines installations nucléaires. L’opération, baptisée Epic Fury du côté américain et Lion rugissant du côté israélien, visait officiellement à mettre fin au programme nucléaire de l’Iran et à provoquer la chute du régime des mollahs.

En riposte, l’Iran a lancé l’opération Vraie Promesse 4, consistant en des salves de missiles dirigées contre Israël et les bases militaires américaines au Moyen-Orient. Cette escalade a créé une situation chaotique et imprévisible pour Washington, qui anticipait initialement un conflit de courte durée, estimé à trois (3) jours.

Le détroit d’Ormuz : un point de passage stratégique et un enjeu juridique

Le coup le plus préjudiciable pour les États-Unis réside probablement dans la restriction imposée par l’Iran à la navigation dans le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman. Ce détroit, par lequel transite chaque année environ un cinquième du commerce pétrolier mondial, constitue un point de passage stratégique essentiel pour la navigation internationale.

Vue satellitaire du détroit d’Ormuz, point stratégique clé du commerce mondial du pétrole et au cœur des tensions géopolitiques actuelles.

Sur le plan juridique, la question se pose de savoir si l’Iran dispose du droit de fermer ou de restreindre ce détroit. Rappelons que le détroit d’Ormuz se trouve dans la mer territoriale de l’Iran, qui a par conséquent pleine souveraineté sur cette partie de la mer selon les dispositions du droit international.

Néanmoins, selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982, ratifiée par 162 États, les navires de tous les pays bénéficient du droit de passage inoffensif dans la mer territoriale (jusqu’à 12 milles marins). Ce droit vise à garantir la liberté de navigation, et l’État côtier ne peut imposer de restrictions ayant pour effet de l’entraver ou de la limiter. Une fermeture totale du détroit en son point le plus étroit serait donc illégale au regard de ce traité, argument avancé par les États-Unis pour contester la décision iranienne.

Illustration du détroit d’Ormuz, passage stratégique essentiel pour le transport mondial de pétrole, au cœur des tensions géopolitiques entre grandes puissances.

Cependant, ni l’Iran ni les États-Unis n’ont ratifié la CNUDM. Parallèlement, conformément à l’article 34 de la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969, qui énonce le principe fondamental en droit international public selon lequel « un traité ne crée ni obligations ni droits pour un État tiers sans son consentement » (res inter alios acta), l’Iran n’est pas juridiquement lié par les dispositions de ladite Convention. Il pourrait donc, en théorie, suspendre temporairement le droit de passage dans sa mer territoriale s’il estime cette mesure nécessaire à sa sécurité.

Toutefois, de nombreux juristes estiment que les règles relatives au passage en transit dans les détroits internationaux relèvent du droit coutumier et s’appliquent même aux États non parties à la CNUDM. Mais, en période de guerre, le débat juridique a moins de poids que la politique !

L’impact économique et financier sur les États-Unis

Le premier impact visible est la hausse vertigineuse des prix du pétrole à l’échelle mondiale, et particulièrement aux États-Unis. Selon l’AAA (American Automobile Association), relayé par CBS News, le prix moyen d’un gallon d’essence a dépassé les 4 dollars le mardi 31 mars 2026, atteignant précisément 4,018 dollars. Cette augmentation représente une hausse de plus d’un dollar par gallon en un mois seulement, soit la plus forte progression mensuelle enregistrée depuis des décennies (CBS News, 31 mars 2026 ; CNN, 31 mars 2026).

Là où la situation devient particulièrement préoccupante pour Washington, c’est lorsque l’Iran autorise le passage de certains navires étrangers à condition que le pétrole soit payé en yuan chinois. Cette mesure constitue une atteinte directe à l’hégémonie financière américaine.

En effet, avant la guerre, le pétrole s’échangeait majoritairement en dollars américains sur les marchés mondiaux depuis plus de cinquante ans. Ce système s’est consolidé notamment après la fin des accords de Bretton Woods en 1971 et le premier choc pétrolier de 1973. En 1974, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont conclu un accord stratégique : en échange de garanties de sécurité et de coopération militaire américaine, Riyad s’est engagé à libeller majoritairement ses ventes de pétrole en dollars et à recycler une partie des pétrodollars dans les marchés financiers américains, notamment les bons du Trésor. D’autres pays de l’OPEP ont largement suivi cette pratique, renforçant ainsi la demande mondiale pour le dollar et facilitant l’imposition de sanctions tout en permettant aux États-Unis un endettement public élevé.

Où se trouve le vrai danger ?

Si les transactions via le détroit d’Ormuz se multiplient en yuan, cela pourrait créer un précédent susceptible de s’institutionnaliser par la répétition de la pratique, ouvrant ainsi une brèche dans le système du « pétrodollar ». Ce précédent deviendrait, par la force des choses, une coutume et, en droit international, la coutume a autant de valeur qu’un traité, car il n’y a pas de hiérarchie précise des normes.

Des navires naviguent dans le détroit d’Ormuz sous tension, illustrant les risques sécuritaires et stratégiques liés à ce passage vital du commerce énergétique mondial.

Cette évolution favoriserait la stratégie chinoise de construction d’un système financier alternatif, déjà encouragée via les BRICS et divers accords bilatéraux. Ainsi, la demande pour le dollar américain chuterait progressivement, ce qui porterait atteinte à l’un des piliers de l’hégémonie américaine : le pétrodollar. Si une monnaie alternative venait à être utilisée pour l’achat du pétrole dans le monde, les banques centrales n’auraient pas la même pression pour l’acquisition du dollar américain. Or, dans la pratique, quand un système fonctionne et est moins coûteux, les acteurs économiques ne voudraient certainement pas revenir à une ancienne situation plus onéreuse.

L’Iran déplace ainsi le conflit du terrain militaire vers un terrain plus stratégique encore : celui du système financier mondial. C’est peut-être sur ce front que se joue désormais l’issue profonde de la confrontation.

La véritable question est désormais la suivante : les États-Unis ont-ils encore les moyens de soutenir cette guerre sans fragiliser leur propre hégémonie ?

Domond Willington
Mastérant en Administration internationale

Fouye Rasin Nou (FRN)

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