Le Bureau national d’ethnologie (BNE) du ministère de la Culture et de la Communication d’Haïti a annoncé, via un communiqué officiel daté du 17 mars 2026, la soumission conjointe avec le Bénin d’un dossier de candidature auprès de l’ UNESCO. Intitulé « Les arts vivants et les pratiques sociales du vodou du Bénin et d’Haïti », ce dossier vise l’inscription de cet héritage sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, conformément à la Convention de 2003 pour sa sauvegarde.
Fouye Rasin Nou, mercredi 18 mars 2026_Porté par une coopération culturelle ambitieuse entre Haïti et le Bénin, deux nations liées par une histoire commune marquée par la traite transatlantique, ce projet conjoint marque une avancée majeure vers la reconnaissance internationale du vodou. Longtemps marginalisé et entouré de stéréotypes, cet héritage spirituel, artistique et identitaire demeure profondément ancré dans les pratiques sociales, la cohésion communautaire et la capacité d’adaptation des populations. Il constitue un pilier essentiel de l’identité culturelle des deux pays, rappelant qu’un peuple coupé de ses racines s’expose à un affaiblissement durable. La candidature, soumise le 17 mars 2026 auprès de l’UNESCO, vise à inscrire « Les arts vivants et les pratiques sociales du vodou du Bénin et d’Haïti » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, consacrant sa valeur universelle comme vecteur de transmission, de créativité et de vitalité culturelle.

Ce projet binational met en lumière la richesse, la diversité et la vitalité d’un patrimoine vivant partagé, profondément enraciné dans l’histoire des deux nations. Le vodou, dont les origines remontent à plusieurs siècles, voire plus d’un millénaire dans les traditions spirituelles de l’Afrique de l’Ouest selon l’UNESCO et les travaux de plusieurs auteurs haïtiens et étrangers, dont les anthropologues haïtiens Alcenat Joseph et Jean Fouchard, ainsi que les anthropologues étrangers Melville J. Herskovits (1937) et Alfred Métraux (1958), s’est structuré avant de se redéployer dans les Caraïbes durant la traite transatlantique. Il joue un rôle fondamental comme vecteur de cohésion sociale, de transmission intergénérationnelle, de créativité artistique (musique, danse, rituels, arts visuels) et de résilience culturelle, tout en affirmant les liens historiques entre l’Afrique de l’Ouest, berceau du vodun, et les Caraïbes.

Fruit d’un travail collaboratif inclusif, le dossier a mobilisé des institutions publiques, des experts, des praticiens ainsi que des communautés vodou haïtiennes et béninoises. Le BNE salue particulièrement les contributions de M. Ricarson Dorcé, expert haïtien en patrimoine culturel, et de M. Paul Akogni, expert béninois. Une démarche participative a été adoptée, incluant le recueil du consentement libre, préalable et éclairé des communautés concernées, en parfaite conformité avec les principes de la Convention de 2003.


Dans ce cadre, le BNE a produit un documentaire dédié aux arts du vodou et a bénéficié de l’appui de la Délégation permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO. Des remerciements officiels sont également adressés à la Chaire UNESCO en histoire et patrimoine de l’Université d’État d’Haïti, ainsi qu’à la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO.
Le dossier est désormais en phase d’examen par l’organe d’évaluation de l’UNESCO. Une décision est attendue lors de la session du Comité intergouvernemental en 2027. En cas d’inscription, le vodou rejoindrait les éléments haïtiens déjà reconnus, tels que le joumou (2023), les pratiques du pain de manioc ou le compas (2025), renforçant la visibilité mondiale d’un patrimoine vivant et universel.
Un pas significatif vers la valorisation et la protection d’un héritage culturel exceptionnel partagé par des millions de personnes à travers le monde.
Jean-Pierre Styve / Fouye Rasin Nou (FRN)