Plus de quatre ans et demi après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, le procès fédéral à Miami met en lumière les limites de l’enquête : un agent du FBI a témoigné lundi 16 mars 2026 n’avoir relevé aucune empreinte digitale ni prélevé aucun échantillon d’ADN sur la scène de crime, en raison des contraintes opérationnelles rencontrées sur place.
Fouye Rasin Nou, mardi 17 mars 2026_Lors d’une audience tenue lundi 16 mars 2026 devant le tribunal fédéral de Miami, un agent du Federal Bureau of Investigation (FBI), chargé du dossier, a témoigné qu’aucun relevé d’empreintes digitales ni aucun prélèvement d’échantillons d’ADN n’avait été effectué sur la scène de crime lors de la mission menée par les enquêteurs américains peu après les faits. Cette déclaration, rapportée par le Miami Herald, a été faite dans le cadre du contre-interrogatoire conduit par la défense.

L’agent a précisé que son équipe avait agi du mieux possible dans un contexte extrêmement contraignant : arrivée sur les lieux plusieurs jours après l’assassinat, scène vraisemblablement altérée par les premières interventions des autorités haïtiennes et absence de maîtrise complète du périmètre sécuritaire. Ces contraintes opérationnelles ont été invoquées pour expliquer les choix effectués à l’époque.
Ce témoignage intervient dans le procès de quatre accusés originaires de Floride du Sud : Arcángel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages, poursuivis pour complot en vue d’enlèvement ou d’assassinat. Le procès a officiellement débuté le 9 mars 2026 avec la sélection du jury, suivie des déclarations d’ouverture le 10 mars 2026. La défense conteste fermement les accusations du ministère public américain et avance que certains protagonistes auraient cru participer à une opération légitime d’arrestation du président, menée avec des complicités haïtiennes et potentiellement en lien avec des contacts américains. Le procureur maintient, pour sa part, que les prévenus ont agi par appât du gain, ambition et abus de pouvoir.

Les débats ont déjà été marqués par des témoignages marquants, notamment celui de Martine Moïse, veuve du président et blessée lors de l’attaque, qui a décrit avec émotion les circonstances de l’assaut, ainsi que par les conclusions d’experts médico-légaux haïtiens ayant établi les causes du décès (plus d’une dizaine de blessures par balle, dont une mortelle au niveau du cœur).
L’absence de certaines preuves médico-légales classiques, telles que les empreintes digitales et les échantillons d’ADN sur la scène de crime, pose des questions sur la solidité globale de l’enquête menée en coopération internationale. Ce point pourrait peser sur l’appréciation du jury concernant la fiabilité des éléments présentés par l’accusation.
Présidé par la juge Jacqueline Becerra, le procès est appelé à se prolonger plusieurs semaines. Il constitue l’un des principaux volets judiciaires américains liés à cet assassinat, tandis que des procédures distinctes se poursuivent en Haïti, où plusieurs suspects ont été interpellés et d’autres demeurent en fuite.
Ce dossier reste un symbole tragique des fragilités institutionnelles et démocratiques haïtiennes, ainsi que des défis inhérents à la recherche de vérité et de justice dans un pays confronté à une instabilité chronique.
Jean-Pierre Styve / Fouye Rasin (FRN)