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Affaire Jovenel : Martine Moïse accuse Michel Martelly et Ariel Henry dans la mort de son mari

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Survivante et témoin oculaire de l’assassinat de son époux, l’ex-président haïtien Jovenel Moïse, en juillet 2021, Martine Moïse a livré un témoignage émouvant et chargé de graves accusations politiques au tribunal fédéral de Miami. Elle a directement impliqué l’ex-président Michel Martelly et l’ex-premier ministre Ariel Henry dans des connexions avec les auteurs du crime, ravivant les soupçons de ramifications au plus haut niveau de l’État haïtien, alors que quatre hommes de Floride du Sud sont jugés pour conspiration.

Fouye Rasin Nou, 12 mars 2026_Dans un témoignage prononcé sous serment, Martine Moïse, veuve de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, a formellement accusé l’ex-président Michel Martelly et l’ex-premier ministre Ariel Henry dans le complot ayant conduit à l’assassinat de son mari le 7 juillet 2021. Ces déclarations explosives ont été formulées devant le tribunal fédéral de Miami, où se déroule depuis le début de la semaine le procès de quatre hommes originaires de Floride du Sud accusés de conspiration.

Martine Moïse quittant le tribunal fédéral de Miami après son témoignage poignant

Martine Moïse, qui a survécu à l’attaque mais a conservé de graves séquelles physiques, notamment une invalidité partielle du bras droit, a été le premier témoin appelé par l’accusation. Elle a débuté son témoignage le mardi 10 mars 2026 et l’a poursuivi le mercredi 11 mars 2026, selon plusieurs rapports dont ceux du New York Times et de l’Associated Press. Elle a décrit avec une précision glaçante les événements de cette nuit tragique à leur résidence de Pétion-Ville. Réveillée vers 1 heure du matin par des tirs nourris, elle s’est réfugiée avec son mari sous le lit. Des assaillants parlant espagnol et armés de fusils automatiques ont fait irruption dans la chambre. « Honey, we are dead » (« Cheri, nou mouri »), aurait lancé Jovenel Moïse avant d’être abattu de plusieurs balles. Blessée par de multiples projectiles au côte, à la cuisse, aux fesses et au bras, Martine Moïse a feint la mort tandis que les mercenaires, majoritairement colombiens, fouillaient la pièce pendant près de 45 minutes, emportant bijoux et montres, d’après le récit détaillé rapporté par le Miami Herald et CBS Miami.

Au-delà du récit de l’assaut, la veuve du président a porté des accusations très graves contre deux figures majeures de la politique haïtienne. Elle a affirmé que Michel Martelly et Ariel Henry entretenaient des « connexions » avec les responsables du meurtre. « Ils m’accusent parce que les gens qui l’ont tué sont aujourd’hui au pouvoir en Haïti », a-t-elle déclaré aux jurés, expliquant les poursuites judiciaires lancées contre elle en Haïti (ultérieurement annulées). Elle a précisé avoir déposé une plainte officielle contre Ariel Henry dans ce dossier, selon CBS Miami et le Haitian Times qui ont couvert la deuxième journée de témoignage.

Michel Martelly, ancien président d’Haïti.

Le procès, présidé par la juge fédérale Jacqueline Becerra, devrait durer plus de deux mois. Il s’ouvre près de cinq ans après l’assassinat qui a précipité Haïti dans une crise multidimensionnelle. Sans oublier que le pays fait face à une instabilité persistante marquée par la violence des gangs armés, qui contrôlent une grande partie de la capitale Port-au-Prince, estimée entre 80 et 90 % selon les rapports de l’ONU et d’organisations humanitaires, ainsi que des zones rurales croissantes. Cette emprise des gangs, combinée à un affaiblissement de l’État, à des enlèvements massifs, à des extorsions et à des déplacements forcés de plus d’un million de personnes, aggrave une crise humanitaire profonde, avec des niveaux élevés d’insécurité alimentaire et une paralysie des services publics, comme le soulignent les analyses récentes de l’International Rescue Committee et du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).

Ariel Henry, ancien Premier ministre d’Haïti

Martine Moïse, aujourd’hui en exil pour des raisons de sécurité, a réaffirmé son engagement pour la « vérité et la justice » au nom de son mari, rappelant avoir promis à ce dernier de ne plus verser de larmes, comme l’ont rapporté le New York Times et le Washington Post. Les avocats de la défense ont pointé de légères incohérences entre ce témoignage et les premières déclarations de Martine Moïse au FBI, mais elle a maintenu fermement sa version, précisant ne relater que ses souvenirs personnels.

Prononcées sous serment devant une juridiction américaine, ces révélations relancent les interrogations sur d’éventuelles implications politiques au sommet de l’État haïtien dans l’assassinat de Jovenel Moïse. Il est à noter que ces accusations, graves et directes, restent toutefois à prouver dans le cadre judiciaire en cours. À ce jour, ni Michel Martelly ni Ariel Henry n’ont réagi publiquement à ces allégations formulées lors du témoignage de Martine Moïse.

La juge fédérale Jacqueline Becerra, qui préside le procès à Miami. (© Portrait officiel)

En conclusion, l’enquête haïtienne semble être une savane où les lions, symboles de pouvoir et d’impunité, rôdent librement, tandis que les hyènes de la justice tentent d’avancer sans se faire dévorer. Le procès, lui, se déroule à Miami, loin de cette jungle chaotique, où d’autres témoins clés, tels des oiseaux migrateurs porteurs de secrets, viendront bientôt raconter ce qu’ils ont vu, espérant que la vérité puisse, un jour, sortir de la forêt dense de la peur et de l’intimidation.

Jean-Pierre Styve / Fouye Rasin Nou (FRN)

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