Londres, 20 février 2026. Ce matin-là, pendant que le Royaume-Uni s’éveillait sous un froid hivernal dans le comté de Norfolk, une nouvelle a tout balayé sur son passage : Andrew Mountbatten-Windsor, 66 ans ce jour même, a été conduit en garde à vue par les autorités britanniques.
Soixante-six ans. Un anniversaire que personne, dans les cercles royaux, n’oubliera de sitôt.
Ce n’est pas un simple fait divers. C’est un séisme institutionnel. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine du Royaume-Uni, un membre éminent de la famille royale se retrouve menotté symboliquement du moins par le système judiciaire de son propre pays. Là où d’autres dynasties ont su se réinventer, la monarchie britannique se retrouve aujourd’hui confrontée à une question qu’elle ne peut plus esquiver : « personne n’est au-dessus des lois« .
De la splendeur à la honte : une trajectoire en trois actes
Pour comprendre ce jeudi historique, il faut remonter le fil d’une existence qui aurait dû être celle d’un prince exemplaire et qui s’est transformée en une série de choix désastreux.
Premier acte : la complicité silencieuse. Pendant dix ans, de 2001 à 2011, Andrew Mountbatten-Windsor représente officiellement la couronne britannique en tant qu’envoyé commercial. Un poste prestigieux, une carte de visite royale que le monde entier respecte. Mais derrière ce vernis institutionnel, les enquêteurs soupçonnent aujourd’hui qu’il aurait utilisé cette position pour des fins qui dépassaient largement ses attributions officielles. Des documents confidentiels rapports diplomatiques, informations sensibles sur des investissements en Afghanistan, données du Trésor britannique auraient circulé vers des destinataires qui n’auraient jamais dû en prendre connaissance. Parmi eux : Jeffrey Epstein, criminel sexuel multirécidiviste, et d’autres contacts personnels d’Andrew dont l’identité reste à préciser.
Deuxième acte : le déni public. En novembre 2019, Andrew accepte une interview sur BBC Newsnight dans l’espoir de clore définitivement les rumeurs sur sa relation avec Epstein. Ce sera l’une des plus grandes erreurs de communication de l’histoire royale moderne. Ses explications déconcertent, ses justifications sonnent faux, son absence d’empathie pour les victimes choque profondément l’opinion publique. Résultat : il est contraint de renoncer à ses fonctions royales officielles quelques jours plus tard.
Troisième acte : la chute totale. En 2022, un accord financier est conclu discrètement avec Virginia Giuffre, celle qui l’accusait d’agressions sexuelles alors qu’elle était encore mineure. Sans reconnaissance de culpabilité, mais avec un chèque dont le montant demeure confidentiel qui parle de lui-même. Puis, l’an dernier, des courriels révèlent qu’il n’avait jamais rompu ses liens avec Epstein, contrairement à ses déclarations répétées. Ses titres nobiliaires lui sont retirés. Sa résidence au Royal Lodge de Windsor lui est reprise. Il ne lui reste plus rien de son ancienne grandeur.
Ce matin de février 2026 n’est donc pas une surprise. C’est l’aboutissement logique d’une trajectoire que beaucoup avaient anticipée.
Charles III : le roi qui n’a pas protégé son frère
L’un des éléments les plus marquants de cette journée n’est pas l’arrestation elle-même c’est la réaction du souverain.
Quelques heures à peine après la mise en garde à vue de son frère cadet, le roi Charles III a publié une déclaration d’une franchise inhabituelle pour un monarque britannique. Sans détour, sans la prudence diplomatique caractéristique du Palais, le roi a signifié que la justice suivrait son cours, et que la Couronne ne chercherait pas à interférer.
Ce geste est capital. Il envoie un message triple : à l’opinion publique britannique, fatiguée depuis des années de voir les puissants esquiver les conséquences de leurs actes ; aux institutions judiciaires, qu’il conforte dans leur indépendance ; et enfin à Andrew lui-même, signifiant que les liens familiaux ont des limites que même une couronne ne peut franchir.
Dans les couloirs du Palais de Buckingham, on murmure que la déclaration du roi avait pour objectif de prévenir toute accusation de complicité institutionnelle. Ces derniers mois, des voix s’étaient élevées pour dénoncer ce qu’elles percevaient comme une tentative de la Couronne de protéger Andrew des conséquences juridiques. Charles III a voulu trancher ce débat d’un seul trait de plume.
Il y a deux photographies qui, désormais, résument à elles seules vingt-cinq ans d’histoire.
La première : un prince dans la fleur de l’âge, le sourire confiant, posant aux côtés d’une adolescente de 17 ans dans une maison londonienne. Cette image, extraite des archives du Département de Justice américain, avait déjà fait le tour du monde.

© Département de la Justice des États-Unis
La seconde : un homme de 66 ans, les traits défaits, le regard perdu, recroquevillé à l’arrière d’un véhicule de police. Les mains jointes peut-être en prière, peut-être par réflexe comme si ce geste pouvait encore changer quelque chose.

© Reuters
Entre ces deux clichés, il y a toute la distance entre l’arrogance du pouvoir et la brutalité du réel.
Au-delà du destin personnel d’Andrew Mountbatten-Windsor, cette arrestation s’inscrit dans un contexte plus large qui mérite réflexion.
Depuis la publication progressive des archives Epstein, un sentiment de révolte s’est répandu bien au-delà des frontières britanniques. Ces documents ont mis en lumière l’existence d’un réseau tentaculaire où se croisaient argent, influence et impunité. Des personnalités du monde politique, financier et culturel semblaient naviguer dans ces eaux troubles sans jamais en subir les conséquences. Le nom d’Andrew Mountbatten-Windsor figurait parmi les plus exposés.
Ce que le public ne supporte plus, c’est cette asymétrie fondamentale : un citoyen ordinaire qui commet une fraude ou une faute professionnelle voit sa vie détruite. Un prince, un milliardaire ou un responsable politique peut pendant des décennies bénéficier d’un traitement de faveur, de protections discrètes et de silences complices.
L’arrestation de ce jeudi, aussi symbolique soit-elle encore à ce stade, répond en partie à cette exigence populaire de rééquilibrage. Elle dit, en substance, que les institutions peuvent encore lorsqu’elles le décident vraiment tenir leurs promesses d’égalité devant la loi.
Andrew Mountbatten-Windsor se retrouve désormais dans une position radicalement différente de celle qu’il occupait lors de sa fameuse interview à la BBC. Cette fois, il n’y a pas de caméras bienveillantes, pas d’animatrice qu’il pensait pouvoir manœuvrer. Il y a une salle d’interrogatoire, des enquêteurs formés, un dossier documenté, et un avocat.
Les conséquences de toute déclaration inexacte seront autrement plus graves que celles d’une simple mauvaise prestation télévisée.
Son statut dans la ligne de succession au trône maintenu en théorie, vidé de toute substance en pratique ne lui offrira aucun filet de sécurité juridique. La loi britannique ne prévoit aucun traitement d’exception pour les membres de la famille royale face à des poursuites pénales de cette nature.
Nul ne sait, à l’heure où ces lignes sont écrites, ce que la justice retiendra contre lui, ni quelle sera la suite de cette procédure. Mais une chose est certaine : l’homme qui soufflait ses 50 bougies au palais Saint-James en compagnie de Jeffrey Epstein n’existe plus. À sa place, il y a un sexagénaire dont l’avenir appartient désormais aux tribunaux.
© Fouye Rasin Nou, 20 février 2026. Reproduction interdite sans autorisation.