Nenel Cassy : sanctionné à l’étranger, absous chez lui, la justice haïtienne joue au prêtre de l’impunité

Comme un lion rugissant face à une colombe blessée, l’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, a quitté le parquet de Port-au-Prince ce mardi, libre de ses mouvements après dix-sept jours de détention. Poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État, complicité d’assassinat et association de malfaiteurs, il bénéficie d’une décision judiciaire qui contraste avec la fermeté de la communauté internationale, déjà engagée à son encontre pour corruption et financement de gangs. Une issue qui, pour plusieurs observateurs, illustre l’impuissance de la justice haïtienne, semblant lui murmurer :« Va, ne crains rien… la justice d’ici transforme les fautes en vertus. ».

Fouye Rasin Nou, le 19 août 2025 – Dix-sept jours après son arrestation à Pétion-Ville, l’ancien sénateur des Nippes et ex-membre du Secteur Démocratique et Populaire (SDP), Nenel Cassy, a retrouvé la liberté. Le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Frantz Monclair, a signé l’ordre de libération au terme d’une longue audition au parquet de la capitale.

Arrêté le samedi 2 août 2025, l’ex-parlementaire avait été placé en garde à vue sous de lourdes accusations : complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité d’assassinat et association de malfaiteurs. Son arrestation avait aussitôt provoqué de vives réactions, en raison notamment de sa proximité supposée avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Sa remise en liberté intervient au lendemain de l’installation de Marc Justin comme nouveau directeur de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Sous sa direction, la DCPJ a transféré le dossier de l’ex-sénateur au parquet de Port-au-Prince.

Il est à noter que le 24 mars 2023, le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait annoncé des sanctions contre plusieurs responsables politiques haïtiens, dont Nenel Cassy, pour leur implication présumée dans la violence et l’insécurité en Haïti. Ces mesures prévoyaient le gel de leurs avoirs et l’interdiction d’accès au territoire canadien. La même année, le département d’État américain a désigné l’ex-sénateur comme acteur corrompu, l’accusant d’avoir financé des activités criminelles et soutenu des gangs armés impliqués dans des attaques violentes, notamment à Kenscoff, une commune de la périphérie de Port-au-Prince.

Bien avant son arrestation, Nenel Cassy faisait déjà l’objet d’un avis de recherche émis le 18 février 2025 par la Police nationale d’Haïti (PNH). Les accusations portaient sur ces mêmes chefs dans le cadre de plusieurs enquêtes menées par la DCPJ.

Lors de son audition au parquet, Cassy s’est présenté sous forte escorte policière. Devant l’institution judiciaire, plusieurs dizaines de partisans et sympathisants réclamaient sa libération immédiate. Cette mobilisation illustre l’influence politique dont il jouit encore, malgré la gravité des accusations.

Juge Frantz Monclair

La décision du parquet, signée par Me Frantz Monclair, met fin à près de trois semaines de détention. Mais elle met surtout en lumière une justice perçue comme affaiblie et décrédibilisée. Pour beaucoup, c’est l’image d’un lion sortant de sa cage, dominant une justice réduite à une colombe blessée. Certains y voient une bénédiction ironique, comme si la justice avait soufflé à l’accusé les mots du prophète : « Tes fautes sont effacées, elles sont devenues blanches comme la neige » (Isaïe 1:18).

Jean-Pierre Styve/Fouye Rasin Nou (FRN)

18 thoughts on “Nenel Cassy : sanctionné à l’étranger, absous chez lui, la justice haïtienne joue au prêtre de l’impunité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You cannot copy content of this page