FRN

Haïti -Remaniement ministériel : Des nouvelles têtes et des attentes élevées

PUBLICIDADE

Dans un pays où les transitions semblent parfois s’éterniser et où les remaniements ministériels rythment la vie politique comme une partition déjà connue, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé annonce onze (11) nouvelles nominations avec la promesse d’un nouveau départ. Mais pour une population éprouvée par l’insécurité et les urgences sociales, ce changement d’équipe ressemble moins à une rupture qu’à une rotation de scène. Le décor reste le même tandis que les visages se succèdent sous les projecteurs.

Fouye Rasin Nou, 3 mars 2026 Le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé a procédé, lundi 2 mars 2026, à un important remaniement ministériel en intégrant onze(11) nouvelles personnalités au sein du gouvernement de transition. Ces nominations, officialisées à l’issue d’un Conseil des ministres, s’inscrivent dans le prolongement du Pacte national signé fin février avec une partie de la classe politique. Elles visent, selon les autorités, à consolider la stabilité institutionnelle et à préparer l’organisation d’élections.

Les ministres nommés

Les ministres nommés sont :

  • Raina Forbin, ministre des Affaires étrangères et des Cultes
  • Dumas Pithagore, ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique
  • Mario Andrésol, ministre de la Défense
  • Sandra Paulemont, ministre de la Planification et de la Coopération externe
  • Vijonet Déméro, ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle
  • Emmanuel Ménard, ministre de la Culture et de la Communication
  • Marcelin Aubourg, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Ressources naturelles
  • Marc Élie Nelson, ministre des Affaires sociales et du Travail
  • Stéphanie Smith, ministre du Tourisme
  • Joseph Almathe Pierre Louis, ministre des Travaux publics, des Transports et des Communications
  • Valérie Fils Aimé, ministre de l’Environnement

Par ailleurs, Jean Wilio Patrick Chrispin, ancien conseiller de l’ex- président Jovenel Moïse, a été nommé secrétaire d’État à la Communication.

Si le gouvernement présente ce remaniement comme une étape nécessaire au renforcement de la gouvernance et à la réponse aux attentes citoyennes, les réactions observées dans l’opinion publique demeurent prudentes. En Haïti comme au sein de la diaspora, plusieurs voix expriment leur scepticisme quant à l’impact concret de ces changements.

Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs quartiers de la capitale, certains estiment que ce remaniement ne modifiera pas substantiellement la situation du pays. Les préoccupations majeures, notamment la sécurité, l’accès à l’électricité, l’eau potable, la sécurité alimentaire, les soins de santé, le fonctionnement de la justice et l’organisation d’élections crédibles, restent au cœur des attentes.

Plusieurs précédents historiques alimentent ce doute. Après le départ forcé de Jean-Bertrand Aristide en février 2004, le gouvernement de transition dirigé par Gérard Latortue a procédé à plusieurs remaniements entre 2004 et 2005 en promettant stabilité et élections rapides. Pourtant, la violence des gangs s’est aggravée et les élections n’ont eu lieu qu’en 2006 dans un climat de forte contestation.

En 2016 et 2017, après la fin du mandat de Michel Martelly, les gouvernements intérimaires successifs, dirigés notamment par Evans Paul, Fritz-Alphonse Jean et Jack Guy Lafontant, ont multiplié les ajustements ministériels sans parvenir à organiser des élections présidentielles dans les délais, prolongeant une crise institutionnelle qui a culminé avec l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021.

Plus récemment, après la chute de Ariel Henry en mars 2024, le Conseil présidentiel de transition a laissé place au gouvernement actuel. Les changements de ministres intervenus depuis avril 2024 n’ont pas permis de reprendre le contrôle sécuritaire ni de fixer un calendrier électoral respecté.

Le contexte demeure marqué par une insécurité persistante, avec des groupes armés contrôlant certaines zones du territoire, ainsi que par des défis structurels qui affectent les services publics et l’activité économique. L’absence, à ce stade, d’un calendrier électoral détaillé continue également d’alimenter les interrogations.

Au sein de la diaspora, notamment aux États Unis et au Canada, les réactions font écho à ces préoccupations. Plusieurs observateurs appellent à des réformes structurelles plus profondes et à une plus grande inclusion des forces vives de la nation dans les décisions politiques.

De son côté, l’exécutif affirme que les personnalités nommées disposent des compétences requises pour affronter les défis actuels et que le pacte politique récemment conclu constitue une base sérieuse en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel. Mais au-delà des déclarations d’intention, une interrogation persiste : ces nouveaux visages sauront-ils transformer l’appareil d’État en véritable force d’action, ou assistera-t-on encore à ce ballet politique où les mêmes acteurs changent de costume sans modifier le scénario ? Dans une Haïti éprouvée par l’instabilité, la population observe, prudente, se demandant si l’État cessera enfin de tourner en rond comme un cheval attaché à son piquet, pendant que les loups continuent de rôder aux frontières de l’autorité publique.

Jean-Pierre Styve/Fouye Rasin Nou(FRN)

Mais recentes

PUBLICIDADE