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Haïti : un nouvel accord politique entre stabilité annoncée et défis persistants dans un cycle de transitions prolongées

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Alors que le gouvernement célèbre un nouvel accord derrière des portes closes, la réalité du pays reste inchangée : rues coupées, gangs en liberté, insécurité alimentaire galopante et population laissée pour compte. Les élites dansent sur les ruines d’un État en décomposition avec leurs discours lyriques et signatures solennelles, tandis que le peuple, silencieux et affamé, voit les promesses s’empiler sans jamais se réaliser. Chaque accord ressemble à un rituel bien rodé, une pièce de théâtre où les acteurs changent de costume mais jamais de scénario, et où l’espoir des citoyens se dissout dans le brouillard d’une transition sans fin. Ce Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, loin d’apporter stabilité et crédibilité, illustre une fois de plus l’écart abyssal entre les ambitions politiques et la vie quotidienne d’une nation qui attend toujours sécurité, services essentiels et élections dignes de ce nom.

Fouye Rasin Nou, 27 février 2026 Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti enchaîne les accords politiques qui, sans exception, ont servi de rampe de lancement aux politiciens et à leurs alliances opportunistes, sans jamais inverser la spirale de violence, de gangs et de misère. Le premier grand pacte post-assassinat, l’Accord de Montana du 30 août 2021, promettait une transition de rupture avec un gouvernement provisoire large, mais il est resté lettre morte, miné par des divisions internes et l’absence de soutien international fort, laissant Ariel Henry s’installer durablement au pouvoir sans mandat électoral. Puis vint l’Accord du 11 septembre 2021, ou Accord pour une gouvernance apaisée, qui a légitimé Henry comme Premier ministre, recyclant les mêmes promesses de stabilité et d’élections rapides, promesses qui n’ont jamais abouti, prolongeant la crise jusqu’en 2024.

En décembre 2022, le Consensus national pour une transition inclusive et des élections transparentes, le 21 décembre 2022, a réuni plus de 600 entités autour d’un Haut Conseil de la Transition censé organiser des scrutins crédibles et réformer les institutions. Résultat : zéro élection, gangs en expansion et transition qui s’enlise davantage. Suivent l’Accord du 3 avril 2024, ou Accord pour une transition pacifique et ordonnée, qui installe le Conseil présidentiel de transition pour 22 mois jusqu’au 7 février 2026, avec mission de rétablir la sécurité, relancer l’économie et organiser des élections. Échec patent : le CPT, rongé par des luttes internes, n’a pas vaincu les gangs, qui contrôlent désormais plus de 80 % de la capitale, n’a pas tenu de scrutin, et a laissé le pays sombrer dans une violence record, avec des milliers de morts et des déplacements massifs.

Aujourd’hui, le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections de février 2026 suit exactement la même logique : il prolonge le pouvoir exécutif unique d’Alix Didier Fils-Aimé sans échéance ferme, promet un cabinet technique et des élections « crédibles », tout en recyclant les formules usées. Comme les précédents, il bénéficie aux signataires, Fanmi Lavalas, PHTK, EDE, ASE, Renmen Ayiti, Me André Michel (celui-là même qui se présentait naguère comme « l’avocat du peuple ») et autres, qui se partagent les postes et les apparences de légitimité, tandis que le peuple paie le prix : enlèvements quotidiens, famine pour la moitié de la population, routes bloquées et absence totale de services essentiels.

Le dimanche 22 février 2026, à Pétion-Ville, négociations à huis clos à l’hôtel Ritz Kinam et signature à la Villa d’Accueil, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présidé la signature de ce Pacte national de 30 articles avec une brochette de partis politiques, organisations, indépendants et membres de la société civile, Fanmi Lavalas, PHTK, EDE, ASE, Renmen Ayiti, Me André Michel et autres, représentant le spectre complet des alliances d’hier et des trahisons potentielles de demain. Ce document reconnaît le Premier ministre comme unique chef du pouvoir exécutif sans date butoir pour des élections, promet un cabinet « impartial, technique et efficace », mais sans jamais allumer la lanterne sur le terrain : gangs toujours maîtres de Port-au-Prince, routes bloquées et près de 5 millions de personnes en insécurité alimentaire.

Présenté officiellement le lundi 23 février à la Villa d’Accueil, cet accord reconnaît le Premier ministre comme unique détenteur du pouvoir exécutif sans président, sans date butoir claire et sans contrainte réelle, jusqu’à ce que des élections, toujours annoncées pour demain, finissent par avoir lieu. Il parle de cabinet impartial, technique et efficace, de consolidation de la transition et de scrutin crédible. En somme, il recycle les formules usées des accords passés, ces beaux parchemins qui servent surtout de faire-valoir aux signataires et de pansement temporaire aux plaies ouvertes du pays.

Pendant ce temps, les gangs continuent de dicter leur loi dans les rues de la capitale, les routes restent coupées, les enlèvements se poursuivent et l’insécurité alimentaire touche près de la moitié de la population. Cet accord, comme ses prédécesseurs, ressemble à ces banquets organisés par des convives qui n’invitent jamais les affamés : les plats sont somptueux, les discours lyriques, mais la table reste dressée pour les mêmes invités, tandis que dehors la foule attend les miettes qui ne tombent jamais.

Quelques voix discordantes ont déjà rompu le consensus de façade dès le 23 février. Le regroupement autour de Jean-Charles Moïse a dénoncé un texte « illégal » et exclu quatre de ses membres signataires. D’autres observateurs y voient simplement le énième épisode d’une pièce de théâtre politique où les acteurs changent de costume mais jamais de scénario : on signe, on communique, on se congratule, et le pays continue de sombrer lentement sous le poids d’une transition qui, à force de se prolonger, finit par ressembler à une permanence.

Le gouvernement parle de victoire pour la démocratie. La réalité, elle, parle d’un pays qui attend toujours sécurité, électricité, eau potable et élections dignes de ce nom. Comme à la coutume haïtienne, ce nouvel accord risque fort de rejoindre la bibliothèque des promesses non tenues, une collection impressionnante dont chaque volume porte le même titre : « Pour une fois que ça va marcher… et que le peuple ne paiera pas l’addition ».

Fouye Rasin Nou (FRN)

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