Dans un pays où chaque souffle semble désormais tarifé et où la vie se négocie au rythme des balles et du carburant, le 2 avril 2026 marque une nouvelle épreuve pour une population déjà à bout de souffle. Tandis que les prix des produits pétroliers s’envolent et que les tarifs du transport en commun sont réajustés avec une précision comptable, le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) publie ses décisions comme on ajuste les aiguilles d’une horloge déconnectée de la réalité du pays.
Fouye Rasin Nou, 02 avril 2026_Selon l’avis conjoint 25-26/001 des ministères de l’Économie et des Finances (signé par Serge Gabriel Collin) et du Commerce et de l’Industrie (signé par James Monazard), publié le 31 mars, le gallon de gazoline passe à 725 gourdes, le gasoil à 850 gourdes et le kérosène à 845 gourdes. Cette révision, liée aux fluctuations du marché international et recommandée par un conseil consultatif, représente une hausse d’environ 29 % pour la gazoline et 37 % pour le gasoil par rapport aux tarifs précédents.
Le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), dans un communiqué daté du 2 avril 2026 et signé par le ministre Marc-Elie Nelson (référence HAST/BH/HEN/25-26/372), a ajusté en conséquence les tarifs du transport en commun. La nouvelle grille tarifaire, obligatoire pour les tap-taps, bus, taxis collectifs et liaisons maritimes, entre en vigueur immédiatement.
Cette décision a provoqué une vive réaction dans la capitale. Plusieurs syndicats, dont le Collectif des Syndicats Haïtiens pour le respect de la Constitution de 1987, dénoncent une mesure « brutale » aux lourdes conséquences sociales. Par la voix de son secrétaire général, Me Masly Dorcely, le collectif a annoncé une journée de mobilisation antigouvernementale pour le lundi 6 avril à Port-au-Prince.
Parallèlement, dans la vallée de l’Artibonite, particulièrement à Jean-Denis près de Petite-Rivière, une récente attaque attribuée au gang Gran Grif a fait au moins 16 morts selon les autorités, jusqu’à 30 voire 70 selon les organisations de droits humains (CARDH, Défenseurs Plus). Près de 6 000 personnes ont été déplacées et plusieurs maisons incendiées.
Dans un pays déjà confronté à une grave insécurité et à une inflation galopante, cette hausse des prix du carburant risque d’aggraver les difficultés des ménages et des opérateurs de transport, sans que des mesures d’accompagnement claires n’aient été annoncées à ce stade.
JEAN-PIERRE Ezechias /Fouye Rasin Nou(FRN)