Haïti – Société : La Fête du Drapeau 2025, entre douleur nationale et appel à la refondation

Alors que de nombreuses nations célèbrent leur drapeau dans la joie et l’unité, Haïti marque ce 18 mai 2025 dans un climat de deuil, de peur et de désespoir. Le drapeau bleu et rouge, symbole d’un peuple libre, flotte désormais au-dessus d’un pays ravagé par la violence, la corruption et l’abandon institutionnel. À travers ce constat amer, cette Fête du Drapeau devient un cri pour une refondation urgente de la nation.

Fouye Rasin Nou, 18 mai 2025_En Haïti, en ce 18 mai 2025, le drapeau bleu et rouge flotte dans un ciel chargé de larmes et de colère. Il plane au-dessus de territoires livrés aux gangs, de quartiers conquis maison par maison, sous le regard passif et parfois complice de l’État. Ironie tragique : alors que certains premiers ministres promettaient de « reprendre tous les territoires perdus », ce sont les bandits qui, chaque jour, les occupent davantage. Garry Conille, nommé en mai 2011 sous la présidence de Michel Martelly et de nouveau à la tête du gouvernement de transition en 2024, avait affirmé vouloir rétablir l’autorité de l’État. Cependant, à ce jour, ce sont les criminels qui dictent leur loi.

Un drapeau qui saigne avec le pays

Ce 18 mai marque les 222 ans de notre emblème national, né de la volonté de briser les chaînes de l’esclavage. Pourtant, en 2025, ce drapeau flotte sur un pays en détresse. La gouvernance est déliquescente, l’économie chute de manière dramatique, l’insécurité est galopante et le système éducatif est au bord de l’effondrement. Le symbole de liberté et de dignité semble désormais orphelin de sens.

Corruption : le ver dans la République

La classe politique haïtienne reste empêtrée dans des scandales à répétition. En février 2025, Transparency International a attribué à Haïti un score de 16/100 à son Indice de perception de la corruption, ce qui place le pays au 168e rang sur 180.

Parmi les noms éclaboussés figurent Emmanuel Vertilaire, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles, tous membres influents du Conseil présidentiel de transition. Selon AP News (25 octobre 2024), ils auraient exigé un pot-de-vin de 750 000 dollars du directeur de la Banque Nationale de Crédit (BNC) pour garantir le maintien de son poste. Ces révélations, confirmées par plusieurs enquêtes de presse, ont renforcé le climat de méfiance généralisée.

Comme l’écrivait l’historien Michel-Rolph Trouillot :
« Lorsque ceux qui ont le pouvoir ne peuvent ou ne veulent pas dire la vérité sur leur histoire, ils rendent l’avenir impensable. »

Économie : l’effondrement silencieux

Le Fonds Monétaire International (avril 2025) prévoit une septième année consécutive de récession, avec une contraction du PIB réel de 1 %. L’inflation grimpe à 27,2 %, après un pic de 25,9 % en 2024.

Le taux de chômage atteint 15,1 % (Trading Economics, mars 2025), affectant principalement les jeunes et les femmes.
Peterson, jeune diplômé croisé à Carrefour, témoigne :
« On se lève le matin sans projet, sans espoir. Même nos rêves sont en exil. »

Insécurité : une hémorragie nationale

Port-au-Prince est presque entièrement sous contrôle des gangs. Selon Human Rights Watch (mars 2025), 80 % de la zone métropolitaine échappe à l’autorité de l’État. Le Monde (avril 2025) révèle que 84 % des prisonniers sont en détention préventive prolongée, tandis que la surpopulation carcérale dépasse les 300 %.

Le dernier rapport de l’IPC (mars 2025) recense 5,7 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, dont 8 400 en situation de famine extrême (Phase 5).

Jennifer, institutrice à Delmas, interpelle :
« Comment célébrer le drapeau alors que le pays saigne par toutes ses veines ? Alors que des mères enterrent leurs fils sans cercueil, que des enfants récitent l’alphabet sous les balles ? Ce n’est pas une fête, c’est une hémorragie à ciel ouvert. »

Éducation : la nation en panne de transmission

La Banque mondiale évalue le taux d’alphabétisation des adultes à seulement 61 % (données 2024). L’UNESCO estime que 40 % des élèves abandonnent l’école avant la fin du cycle fondamental.
Dans l’Ouest et l’Artibonite, le décrochage scolaire aurait doublé entre 2022 et 2024.

Et pourtant… le drapeau résiste

Malgré tout, dans les camps de fortune, dans les écoles sans toit, dans les quartiers oubliés, le drapeau reste un acte de foi. Des enseignants le brandissent pour enseigner l’histoire. Des jeunes le dessinent sur les murs comme un cri de résistance. Des artistes le déclinent dans leurs œuvres pour dire avec force :
« Nou la toujou. »

Le drapeau ne doit pas être un simple ornement, mais un levier de transformation. En effet, un symbole qui n’engendre aucun engagement n’est qu’un chiffon.

Dessalines nous regarde

Depuis les hauteurs de l’histoire, Jean-Jacques Dessalines ne peut être en paix. Lui qui a versé son sang pour offrir à ce peuple une terre libre, comment accepter que l’héritage de Vertières soit aujourd’hui piétiné ? Il n’a pas défié l’empire colonial pour que la peur, la corruption et l’ignorance deviennent nos nouvelles chaînes.

C’est pourquoi l’heure est venue de reconstruire Haïti. Non par miracle. Non par un homme providentiel. Mais par un réveil collectif.

Que chaque jeune choisisse d’apprendre au lieu de fuir.
Que chaque femme décide de dénoncer plutôt que de se taire.
Que chaque membre de la diaspora investisse dans l’éducation au lieu de se résigner.

Célébrer le drapeau en 2025, c’est se demander avec gravité :
Quel rôle vais-je jouer pour qu’Haïti ne meure pas ?

Et comme le disait Boukman en 1791 :
« Jetez l’image du Dieu blanc qui a soif de nos larmes, et écoutez la liberté qui parle dans vos cœurs. »

Jean-Pierre Styve/Fouye Rasin Nou(FRN)

3 thoughts on “Haïti – Société : La Fête du Drapeau 2025, entre douleur nationale et appel à la refondation

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