Haïti – Corruption : Quand l’État pousse ses employés à la corruption

Les gouvernements successifs en Haïti, dans leurs discours officiels, font de la lutte contre la corruption une priorité. Ils la considèrent comme un fléau et un obstacle majeur au développement du pays. Pourtant derrière ces grandes déclarations, une réalité criante se dévoile chaque année : L’État haïtien ne paie pas régulièrement ses fonctionnaires et certains passent des années sans toucher le moindre salaire.

Dans cette situation, comment demander à un fonctionnaire d’être efficient et de résister à la tentation de la corruption quand ce dernier a des responsabilités personnelles et familiales quotidiennes ? Peut-il survivre plusieurs mois sans salaire et sans aide sociale ? Aussi, combattre la corruption sans payer les salaires est une hypocrisie d’État.

Haïti dans le rapport de Transparency International

Fouye Rasin Nou, le 2 mai 2025 — Selon le dernier rapport de Transparency International pour l’année 2024, Haïti figure parmi les pays les moins bien notés dans l’Indice de perception de la corruption (IPC).

Classé 168e sur les 180 pays étudiés dans le cadre de ce rapport annuel, le pays fait ainsi partie des 15 pays où la perception de la corruption dans le secteur public est la plus élevée. Avec une note de 16 sur 100, le pays a même régressé par rapport à l’année 2023 où il avait obtenu une note de 17 sur 100.

Un État irresponsable face à ses fonctionnaires

Cette situation n’est pas une surprise quand on connait la réalité de l’administration publique haïtienne. En effet, alors que de hauts fonctionnaires (premiers ministres, ministres ou directeurs généraux) dilapident les fonds publics, les autres fonctionnaires, de leurs côtés, sont soit sous-payés ou ne sont pas payés régulièrement. Certains vont jusqu’à passer plus de deux ans sans toucher le moindre salaire.

À preuve, le 22 août 2024, David Wilde, président et secrétaire du syndicat des employés des Bureaux électoraux (BEC-Haïti), a dénoncé dans les colonnes du journal Le National l’inaction des autorités, appelant ces dernières à régler les 41 mois de salaires impayés des employés. 41 mois, soit 3 ans et demi sans toucher le salaire !

Ceci n’est pas un cas isolé. Malgré son caractère anormal, c’est même la norme au niveau du secteur public haïtien. En effet, plus récemment, la coordination sortante de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et de réinsertion (CNDDR) avait saisi les clés des bureaux pour empêcher l’installation, le 10 mars 2025, des nouveaux membres parce qu’elle réclamait de l’État haïtien 58 mois de salaires impayés.

Un cas parmi d’autres mettant en lumière l’irresponsabilité de l’État face à ses employés.

L’État devient ainsi le premier facteur de précarité dans son propre système et ouvre la voie aux pratiques illicites, car les fonctionnaires, sans salaire, seront tentés de verser dans la corruption pour assurer leur survie et celle de leur famille.

Le paiement des salaires : une priorité dans la lutte contre la corruption

Selon Transparency International, « la corruption consiste en l’abus d’un pouvoir reçu en délégation à des fins privées ». Ce phénomène ne peut être endigué par de simples discours mais par des actes et le respect des engagements pris vis-à-vis des fonctionnaires publics.

Le combat contre la corruption passe d’abord par une réforme intérieure, c’est-à-dire que l’État doit respecter les droits fondamentaux de ses fonctionnaires, et l’un des plus importants est de commencer par payer les employés régulièrement pour leur travail.

Car comment être crédible quand on ne respecte pas ses propres engagements ? En effet, si les employés vivent dans une insécurité permanente par rapport au paiement de leurs salaires, l’État, qui est leur employeur, ne saurait jouir d’aucune autorité morale dans le cadre d’une campagne contre la corruption et l’établissement d’une bonne gouvernance.

S’il est évident que la corruption est une infraction pénalement punie, l’État haïtien ne saurait prétendre la combattre tout en en semant les graines. En décidant de ne pas payer régulièrement les salaires, l’État haïtien incite directement ses fonctionnaires à la transgression des normes, et la corruption, plus qu’une déviation, semble devenir une stratégie de survie.

Ne pas payer, c’est déjà corrompre !

Domond Willington / Fouye Rasin Nou (FRN)

3 thoughts on “Haïti – Corruption : Quand l’État pousse ses employés à la corruption

  1. Its superb as your other posts : D, appreciate it for putting up. « The present is the necessary product of all the past, the necessary cause of all the future. » by Robert Green Ingersoll.

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