Sous la pression constante d’acteurs étrangers, livrée par ses propres dirigeants et affaiblie par l’assistanat international, Haïti tente de préserver sa souveraineté dans un environnement de plus en plus hostile. La survie nationale se joue désormais entre prédation géopolitique et silence complice.
Fouye Rasin Nou, 29 juin 2025 – Haïti n’est plus simplement un pays en crise. Elle est devenue une proie encerclée, au cœur d’une arène diplomatique où chaque acteur joue sa partition avec la précision d’un prédateur affamé. Dans ce théâtre international, la République haïtienne n’est plus traitée comme un État souverain, mais comme une bête blessée : observée, manipulée, assiégée, parfois anesthésiée diplomatiquement, parfois mordue à vif.
Des puissances qui rôdent comme des loups
Les Puissances étrangères et plus récemment la République dominicaine, adoptent une posture de sauveurs tout en aiguisant leurs crocs géostratégiques. Tels des loups blancs en meute, ils s’approchent doucement, parlant de sécurité et de coopération, pendant que leurs griffes économiques et diplomatiques s’enfoncent dans le flanc d’un État déjà à terre.
Mais ce sont les élites haïtiennes qui, depuis des décennies, tiennent la porte ouverte aux prédateurs. Elles marchandent la souveraineté nationale pour leur survie politique.
Depuis le retrait de la MINUSTAH en 2017, les missions de l’ONU se succèdent, sans freiner la montée des groupes armés. En 2023, une nouvelle force dirigée par le Kenya, avec l’appui logistique des États-Unis, a été annoncée. Mais la violence a empiré, et l’État demeure paralysé.
Dans le même temps, la République dominicaine a expulsé plus de 175 000 ressortissants haïtiens en 2023, parfois dans des conditions dénoncées comme inhumaines par Amnesty International, notamment l’expulsion d’enfants non accompagnés et de femmes enceintes.

Mais si les menaces extérieures sont visibles, plus insidieuse encore est la trahison intérieure, orchestrée par ceux censés défendre la nation.
Une classe politique qui bêle, puis mord
À l’intérieur, l’élite politique haïtienne n’est pas en reste. Dans cette arche animale, certains dirigeants ressemblent à des moutons lorsqu’il s’agit d’assumer leurs responsabilités, mais se transforment en hyènes dès qu’il s’agit de défendre leurs intérêts personnels. Ils dénoncent l’ingérence d’une voix tremblante, tout en sollicitant dans l’ombre le soutien des puissances étrangères pour garder leur place dans le troupeau.
Ils ont troqué l’indépendance du pays contre des postes, des visas, des contrats. Ce ne sont pas des victimes du système international : ce sont des gestionnaires zélés de la déchéance nationale.
En septembre 2023, plusieurs figures de la classe politique, notamment proches de l’ancien Premier ministre Ariel Henry, ont officiellement appuyé une intervention étrangère, arguant que l’État ne pouvait plus garantir la sécurité du territoire. Cette position a provoqué un tollé dans la société civile, qui y voit un aveu de démission institutionnelle et un prolongement de la tutelle déguisée.
Comme le souligne Domond Willington, ancien professeur d’histoire et rédacteur à Fouye Rasin Nou :
« À chaque appel à l’intervention étrangère, c’est notre propre incompétence que nous légitimons, et c’est la voix du peuple que nous étouffons. »
Et lorsque l’État démissionne, c’est souvent l’humanitaire qui prend le relais, pour le meilleur et pour le pire.
Ce cycle de reddition politique ne date pas d’hier. Depuis la chute de la dictature en 1986, Haïti est enfermée dans une transition sans fin, rythmée par des interventions étrangères, des coups d’État, des élections contestées et l’effritement de toute souveraineté réelle.
Les ONG, colombe ou vautour
Depuis plus de dix ans, des ONG internationales occupent le terrain haïtien. Certaines veulent réellement aider, d’autres s’imposent comme des vautours humanitaires, sans rendre de comptes ni aux citoyens ni aux institutions locales.
En 2020, un audit officiel a révélé que moins de 2 % des fonds post-séisme de 2010 avaient été confiés à Haïti. Le reste, soit plus de 13 milliards de dollars, a été contrôlé directement par des agences et ONG étrangères.
Et si ces vautours trouvent un ciel propice, c’est bien parce que l’État haïtien, corrompu et clientéliste, a déserté son rôle de gardien des intérêts publics.
Et si ces vautours trouvent un ciel propice, c’est bien parce que l’État haïtien, corrompu et clientéliste, a déserté son rôle de gardien des intérêts publics.
Un peuple abandonné, en sursis mais digne
Pendant que les puissants imposent leur loi et que les élites manipulent à huis clos, le peuple haïtien, lui, est abandonné à son sort. Pris en étau entre les balles des gangs, la misère institutionnalisée et l’oubli diplomatique, il avance à tâtons dans un pays sans État, sans justice, sans avenir clair. Plus de 4,9 millions d’Haïtiens vivent actuellement en insécurité alimentaire aiguë, selon le Programme alimentaire mondial. L’accès aux soins, à l’éducation ou simplement à l’eau potable relève du combat quotidien.

En 2024, selon le rapport du ministère de l’Éducation nationale, moins de 9 % du budget de l’État ont été consacrés à l’éducation, contre plus de 30 % aux questions sécuritaires.
Ce ne sont pas seulement les puissances étrangères qui abandonnent le peuple. C’est aussi une caste politique aveugle, barricadée dans ses privilèges, qui préfère dialoguer avec les ambassades qu’avec sa propre population.
La population n’est pas seulement isolée. Elle est épuisée. Désorientée. Pourtant, malgré l’absence de perspectives, elle résiste encore. Par réflexe. Par fierté. Par mémoire. Ce peuple n’a plus les moyens de crier, mais il continue de tenir, debout dans le silence, digne dans le chaos. Il est le dernier pilier d’une nation que l’on voudrait effondrée.
Sortir de la chaîne alimentaire géopolitique
Briser ce cycle d’encerclement nécessitera plus que des mots. Il faudra une révolution dans la manière de gouverner, de résister, et surtout, de croire à nouveau en la possibilité d’un véritable État souverain. Haïti n’est pas seulement encerclée de l’extérieur. Elle est aussi assiégée de l’intérieur, par une élite prédatrice qui a désarmé la nation. Pour sortir de ce piège, il faudra non seulement repousser les influences étrangères, mais aussi démanteler l’alliance toxique entre le pouvoir local corrompu et les intérêts internationaux.

Malgré l’effondrement des institutions, certaines initiatives continuent d’exister à petite échelle. Des enseignants poursuivent leur mission dans des conditions précaires, des associations locales tentent de maintenir des liens sociaux, et une partie de la diaspora s’implique de manière responsable. Ces efforts restent marginaux et souvent ignorés, mais ils traduisent un refus silencieux de la résignation totale.
Et lorsque l’humiliation devient routine, le sursaut finit toujours par naître.
Car à force d’être traquée, même la proie apprend à mordre.
Jean-Pierre Styve/ Fouye Rasin Nou(FRN)
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