La vidéo a franchi la barre des 100 000 vues en moins de 48 heures. D’abord publiée sur TikTok, puis massivement relayée sur Facebook, Instagram et les groupes WhatsApp, elle montre des élèves du Lycée de Pétion-Ville, à Port-au-Prince, chantant dans la rue un refrain trahissant la mémoire des héros de l’indépendance:
« Se Dessalines ki égare, l al mouri pou yon drapo ! »
Capturée le 18 mai 2025, jour hautement symbolique de la Fête du Drapeau haïtien, la séquence a déclenché une tempête de réactions. Entre indignation, ironie, réflexion citoyenne et questionnements sur l’état de l’éducation et de la conscience historique, les débats se sont multipliés à travers le pays.
Une jeunesse en perte de vitesse?
Pour plusieurs observateurs, ce chant ne relève pas de la simple provocation. Il traduit plutôt le profond désarroi d’une jeunesse qui ne croit plus aux promesses de la République.
Un citoyen contacté par Fouye Rasin Nou analyse :
« Ce n’est pas simplement une provocation. C’est une ironie amère, le cri d’une jeunesse trahie par le rêve national. »
Jean-Rémy, 24 ans, élève en classe de terminale, confie de son côté :
« Se pa mank respè non, se fristrasyon n ap chante. Lè w ap gade sa k ap pase nan peyi a, ou pa ka pa mande tèt ou poukisa Dessalines te mouri. Nou pa gen avni, nou pa gen sekirite, nou pa menm ka soti al lekòl an pè. »
Les parents entre consternation et compréhension
Du côté des parents, les avis sont partagés. Si certains se disent choqués par le contenu de la vidéo, d’autres comprennent le ras-le-bol exprimé par leurs enfants.
Mme Saintil, mère d’un élève en NS3 dans une école privée de la capitale, déclare :
« Mwen pa dakò ak jan de pawòl sa yo timoun yo ap chante a. Men, m konprann yo. Yo bouke viv danje, mizè, san sèvis Leta. Yo pa gen konfyans ankò. »
Un autre parent, plus sévère, affirme :
« Yo pa respekte drapo a, yo pa respekte Dessalines. Se paske lekòl pa jwe wòl li ankò. Si w pa konn istwa w, ou vin sèvi ak li pou fè blag. »
Une insulte à l’histoire ?
Des enseignants et militants culturels dénoncent une atteinte grave à la mémoire collective. Selon eux, cette sortie illustre une perte de repères et un affaiblissement du lien entre la jeunesse et l’histoire nationale.
M. Domond Willington, rédacteur en chef de Fouye Rasin Nou, ancien professeur d’histoire ,qui plaide depuis des années pour une réforme éducative, insiste :
« Il est urgent de réintroduire une éducation civique sérieuse, ancrée dans les luttes de notre passé. On ne bâtit pas un avenir en ridiculisant ceux qui ont donné leur vie pour la liberté. On ne crache pas sur Dessalines et les héros de l’indépendance , peu importe le motif. Ces chants sont la preuve d’une ingratitude qui résulte de la faillite du système éducatif haïtien et d’une amnésie collective. Il n’y a rien à excuser. »
La viralité d’un malaise national
Ce qui frappe, c’est l’aisance des élèves, leur ton léger, leurs rires et leur mise en scène assumée. Le chant devient un slogan, une parodie mais révèle aussi le mal profond d’Haïti. Une jeunesse capable de cracher ses ancêtres méritants est un signal fort d’un pays qui s’enfonce dans l’abîme.
Une parole symptomatique d’un pays en crise
La phrase « Se Dessalines ki égaré, l al mouri pou yon drapo » résume avec brutalité le gouffre qui sépare les idéaux fondateurs de la nation de la réalité quotidienne créée par des élites apatrides et peu soucieux du bien -être collectif.
Cette phrase révèle toutes les failles du système éducatif national qui n’a pas su encourager le développement du sentiment patriotique chez les jeunes mais qui a plutôt reproduit des schémas de pensées négatives en lien avec le pays. Ils mettent aussi en lumière une déconnexion de la jeunesse avec son rôle dans la reconstruction du pays.
Quelle réponse éducative ?
À ce jour, aucune réaction officielle n’a été émise par les autorités éducatives. Pourtant, plusieurs voix appellent déjà à une prise de conscience nationale, à une réponse pédagogique apaisée et à un dialogue inclusif.
Une fracture révélée
Alors que la mémoire de Dessalines devrait unir les Haïtiens autour d’un idéal de liberté et de dignité, cette affaire met en lumière une fracture générationnelle, éducative et sociale.
Dessalines ne s’est pas égaré. Mais aujourd’hui, sa mémoire semble elle-même perdue, flottant dans un pays en crise. Avec elle vacille un projet de nation, un rêve d’unité, de justice et de dignité que la jeunesse peine désormais à reconnaître comme le sien. Et comme l’avait dit l’ancien président Leslie François Manigat : « Une nation qui ne prend pas soin de son école prépare sa propre ruine. » Peut-on encore ignorer l’écho de cette vérité quand ce sont les enfants eux-mêmes qui, dans la rue, sonnent l’alarme ?
Jean – Pierre Styve/ Fouye Rasin Nou( FRN)
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