La Fondasyon Je Klere (FJKL) s’interroge sur le décaissement de 150 millions de gourdes de fonds publics accordés en 2025 à l’Université Quisqueya. Dans un communiqué publié après une note d’information de l’université, l’organisation de défense des droits humains appelle à davantage de transparence et demande la publication de documents justificatifs attestant de l’utilisation et de la conformité de ces financements publics.
Fouye Rasin Nou, 10 mars 2026._La Fondasyon Je Klere (FJKL) ne lâche pas l’affaire. Dans un communiqué publié le 9 mars 2026, l’organisation de défense des droits humains et de veille citoyenne, dirigée par Marie Yolène Gilles, réaffirme son exigence de transparence totale sur les 150 millions de gourdes de fonds publics versés en 2025 à l’Université Quisqueya (UniQ), une institution privée d’enseignement supérieur.
Selon le tableau analysé par la FJKL dans son rapport du 4 mars 2026, ces fonds ont été décaissés en trois tranches de 50 millions de gourdes chacune au cours de l’année 2025. L’octroi a été effectué sous l’administration du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Alfred Fils Métellus.
L’Université Quisqueya a réagi le 8 mars 2026 par une note publique. L’institution précise que la demande initiale de financement remonte à décembre 2022, qu’un protocole d’accord a été signé le 20 mai 2025 avec le Ministère de l’Économie et des Finances, et que ce financement s’appuie sur le décret du 11 mars 2020, notamment ses articles 194 et 195, qui autorisent des incitations en faveur des établissements privés contribuant à l’intérêt public. L’UniQ affirme également avoir transmis plusieurs rapports narratifs et financiers au ministère en juillet, octobre et décembre 2025.

Pour la FJKL, ces éléments restent toutefois insuffisants. L’organisation estime qu’une simple note explicative ne saurait remplacer l’obligation légale de reddition de comptes lorsque des fonds publics sont engagés. Elle souligne notamment l’absence persistante de plusieurs documents essentiels rendus publics, notamment le projet détaillé financé, la convention complète signée avec l’État, les états financiers audités, une évaluation d’impact social ainsi qu’un rapport final d’utilisation des fonds.
La FJKL rappelle que tout transfert de deniers publics vers une entité privée doit respecter certaines exigences minimales. Parmi celles-ci figurent la soumission d’un projet clair démontrant son utilité publique, la présentation d’états financiers accompagnés d’un audit de gestion, la signature d’une convention formelle avec l’État ainsi que la production d’un audit final attestant de la conformité de l’utilisation des fonds. Selon l’organisation, aucun de ces documents n’a été rendu public à ce jour.
Dans ce contexte, la FJKL invite l’Université Quisqueya à transmettre sans délai l’ensemble des pièces justificatives à l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) et à les rendre accessibles au public. Elle exhorte également les citoyens à exercer pleinement leur droit à l’information.
Cette affaire s’inscrit dans un climat de défiance généralisée envers la gestion des ressources publiques en Haïti. Dans son rapport publié le 4 mars, la FJKL dénonçait déjà plusieurs contrats jugés léonins et contraires à la souveraineté nationale.
Parallèlement, l’Université d’État d’Haïti (UEH) et plusieurs universités publiques régionales, notamment l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH) et l’Université Publique du Sud-Est à Jacmel (UPSEJ), continuent de faire face à de graves difficultés. Les retards chroniques dans le paiement des salaires des professeurs, l’insuffisance des infrastructures et la dispersion des activités sur des sites provisoires, comme l’EFACAP de Meyer ou la ferme de l’École Chrétienne de Cyvadier pour l’UPSEJ, illustrent un sous-financement structurel persistant. Malgré certaines avancées ponctuelles, notamment des allocations du Fonds National de l’Éducation et la construction progressive de nouveaux campus, ces efforts demeurent insuffisants au regard des besoins et ne permettent pas de résoudre les crises récurrentes de fonctionnement.
Dans ce contexte, l’octroi rapide de 150 millions de gourdes à une institution privée suscite de nombreuses interrogations dans l’opinion publique.
Par ailleurs, le recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque, et l’ancien Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont par le passé évolué au sein de la plateforme politique « Vérité », un élément qui alimente certains soupçons de favoritisme, bien qu’aucune preuve de malversation n’ait été apportée à ce stade.

Tant que les documents complets relatifs à ce financement ne seront pas publiés, le doute restera présent. Plusieurs observateurs s’interrogent notamment sur la priorité accordée à un appui financier massif à une université privée alors que l’éducation publique, la santé et la sécurité nationale continuent de souffrir d’un manque criant de ressources.
Fouye Rasin Nou indique qu’il continuera de suivre l’évolution de ce dossier et appelle l’ensemble des acteurs concernés, notamment l’Université Quisqueya, le Ministère de l’Économie et des Finances, l’ULCC et le gouvernement, à privilégier des actions concrètes de transparence. La confiance dans les institutions publiques ne peut se reconstruire qu’à travers une gestion claire et responsable des fonds de l’État.
Jean-Pierre Styve
Fouye Rasin Nou (FRN)