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Jerry Wonda : portrait d’un trésor vivant haïtien et pilier des Fugees que le monde connaît moins qu’il ne mérite

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On connaît ses basses, ses grooves et quelques-uns de ses miracles sonores. Mais combien savent qu’en 2006, Jerry Wonda a marqué l’histoire en façonnant l’un des plus grands hits mondiaux du XXIᵉ siècle ? Combien se souviennent qu’il a travaillé aux côtés de légendes comme feu Michael Jackson ou Shakira, laissant son empreinte sur des morceaux qui ont traversé les continents ? Cet article n’est pas un simple portrait : c’est un appel à reconnaître, maintenant, la grandeur d’un trésor haïtien dont l’influence continue d’irriguer la musique du monde.

Fouye Rasin Nou, le 26 novembre 2025_Dans les rues bruyantes de Port-au-Prince, où les rythmes du compas se mêlent aux cris des marchés et aux murmures des rêves brisés, un gamin de 14 ans grattait les cordes d’une basse usée en 1989. Ses camarades l’appelaient « Te-Bass ». Ce gamin, c’était Jerry « Wonda » Duplessis, né le 18 octobre 1975 à Ganthier, commune de Croix-des-Bouquets. Dès ses débuts, son jeu de basse, profond, groovy, imprégné de riddims haïtiens et de l’héritage de James Jamerson, allait devenir sa signature, cette pulsation qui fait danser le monde entier sans qu’on sache toujours d’où elle vient. Aujourd’hui, à plus de 50 ans, il n’est plus seulement un musicien : il est devenu une force incontournable, un Grammy Award-winning producer impliqué dans des projets ayant dépassé les 300 à 350 millions d’unités vendues selon Billboard (2023), Rolling Stone (2024) et ses propres déclarations sur le podcast Drink Champs (octobre 2025). Philanthrope engagé, artisan du son, entrepreneur audacieux, Jerry Wonda demeure cet Haïtien fier qui transforme la douleur en beauté. Et son histoire, loin d’être terminée, continue d’appeler à la création, à la résistance, à l’espoir.

1996, Brooklyn. Le hip hop brûle, les rues réclament de la rage et de la poésie. Fraîchement immigré aux États-Unis à 16 ans, Jerry rejoint son cousin Wyclef Jean et Lauryn Hill pour former les Fugees. Ce n’est pas seulement un groupe : c’est un tournant. Leur album The Score, sorti le 13 février 1996, bouleverse l’industrie : plus de 22 millions d’exemplaires vendus dans le monde, trois Grammy Awards le 26 février 1997 selon l’Academy. « Killing Me Softly », la reprise magistrale interprétée par Lauryn Hill et façonnée par Wonda, devient un hymne planétaire. À la basse et à la production, il injecte un mélange singulier : vaudou haïtien, funk de James Jamerson, riddims caribéens. Sa ligne de basse hypnotique porte littéralement le morceau, transformant une ballade folk en chef-d’œuvre intemporel. L’album est certifié diamant le 21 octobre 1997. Pour beaucoup, c’est un sommet. Pour lui, ce n’est qu’un début.

Les années 2000 confirment son ascension. Avec Wyclef, il co-produit « Maria Maria » pour Santana sur Supernatural (15 juin 1999), un titre qui domine les charts pendant dix semaines selon Billboard. Puis vient « Hips Don’t Lie » en 2006, un séisme musical vendu à 18 millions d’exemplaires selon l’IFPI et toujours dans le top 10 des singles les plus vendus de l’histoire. Derrière ces sonorités irrésistibles, l’obsession de Wonda pour « le sonic », ce son parfait qui pulse comme une deuxième respiration.

Et puis, il y a Michael Jackson. Jerry participe au remix de « P.Y.T. » pour Xscape (2014), à plusieurs sessions entre 2006 et 2009 et à des titres de l’album posthume Michael (2010). Dans une interview à Billboard, il confie : « Travailler avec Michael, c’était comme toucher l’infini. » Whitney Houston, Beyoncé, Rihanna, Justin Bieber, Mary J. Blige… nombreux sont ceux qui ont puisé dans son génie. Dans Hotel Rwanda, sa chanson « Million Voices » (2005), nominée aux Golden Globes, transforme un drame en appel à l’humanité.

Mais Jerry Wonda n’est pas seulement un créateur de tubes. C’est un bâtisseur de mondes. En 2001, il ouvre Platinum Sound Studios, son refuge créatif au cœur de Manhattan. De là naît Wonda Music, un laboratoire artistique où songwriters, producteurs et ingénieurs se croisent, où les cultures se mélangent, où la création devient alchimie. Visionnaire, il devient gouverneur du chapitre New York de la Recording Academy en 2019 et co-chair du Producers & Engineers Wing en 2021. Pourtant, derrière les succès et les responsabilités, il rappelle souvent sa peur « de partir sans avoir tout donné », comme il le confiait le 12 septembre 2025 à 37East.

Haïti ne l’a jamais quitté. Élevé dans une famille de musiciens, exilé pour survivre, Wonda porte son pays comme une cicatrice précieuse. Il s’engage profondément dans l’éducation artistique, notamment en tant que membre du Board of Directors du Vassar Haiti Project depuis au moins 2015. À Newark, sa base américaine, il soutient les jeunes dans les arts et l’entrepreneuriat, récompensé par l’Impact Award de Rutgers University en 2023 pour son travail communautaire.

Plus récemment, son passage dans l’émission « Pi Lwen ke Zye » (Beyond the Eyes of TV) avec Bedjine, de juillet à septembre 2025, a mis en lumière son énergie lumineuse et son lien indéfectible avec la scène créole haïtienne : il y a partagé un « ti goute » en studio, Bedjine déposant un track teasé. Les extraits ont rapidement dépassé 30 à 37 000 vues sur YouTube et ont buzzé sur les réseaux sociaux, stimulant les discussions sur la musique haïtienne mondiale et une potentielle collaboration à venir.
« Mwen gen chans fè yon ti pale avèk JEREY WONDA », tweetait un journaliste le 26 juillet 2025, captant parfaitement cette vibe en studio.

Et son message se poursuit. À travers son camp gratuit destiné aux jeunes de 13 à 18 ans à Platinum Sound, du 10 au 14 juillet 2025, il ouvre des portes que personne n’avait ouvertes pour lui. « Je me réveille en pensant : comment trouver le prochain moi ? », dit-il dans un podcast du 1ᵉʳ octobre 2025. Son appel s’adresse aux rêveurs, aux exilés créatifs, aux enfants qui grattent une basse dans l’ombre. Dans une industrie qui dévore les talents, Wonda devient une lumière.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez « Hips Don’t Lie » faire vibrer une fête ou « Killing Me Softly » vous serrer le cœur, souvenez-vous : derrière ces titres, il y a un Haïtien qui a osé rêver au-delà des frontières. Un homme qui a même dansé dans l’ombre du Roi de la Pop. Jerry Wonda n’est pas une légende figée : il est un feu vivant, une pulsation qui nous invite à créer, à nous relever, à transformer le monde. Et vous ?

Jean-Pierre Styve / Fouye Rasin Nou (FRN)

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