Un dossier, deux destins : Nenel Cassy libéré, le commissaire grillé

Sous la férule de la communauté internationale, l’État haïtien continue de jouer les élèves peureux, baissant la tête devant les “blancs” et leurs sanctions, tout en se donnant des airs de justicier à domicile. L’affaire Nenel Cassy en est la caricature parfaite : arrêté un samedi, libéré un mardi, et en prime un commissaire sacrifié pour sauver la mise. À Port-au-Prince, la justice ressemble moins à une institution qu’à une scène de théâtre : les étrangers écrivent le script, et nos autorités, tremblantes, récitent leur rôle avec l’enthousiasme d’un figurant payé au rabais.

Fouye Rasin Nou, le 20 août 2025 — La justice haïtienne a encore frappé fort dans l’absurde, car le mardi 19 août 2025, jour même de la libération de Nenel Cassy par le parquet de Port-au-Prince, le ministre de la Justice, Dr Patrick Pélissier, signait une lettre mettant en disponibilité sans solde Me Frantz Monclair, Commissaire du Gouvernement, pour « faute grave ». Comme si l’ombre d’une ironie s’était glissée entre les lignes : un homme sort, un autre tombe.

Le fauteuil laissé vacant n’est pas resté froid longtemps. À peine Me Monclair écarté, Me Guy Alexis, ancien chef du parquet de la Croix-des-Bouquets, était installé dans la foulée. Selon le responsable du RNDDH, Pierre Espérance, le remplaçant de Frantz Monclair, en l’occurrence Guy Alexis, lui aurait déjà avoué depuis le 14 août que le sort de Frantz Monclair était déjà acté. Alors, pourquoi maintenant ?
Une transition express qui laisse planer le doute : sanction réelle, coup stratégique ou simple jeu de chaises musicales ?

Il faut rappeler que Me Monclair était déjà critiqué par de nombreux avocats, certains l’ayant accusé d’actes de corruption au point de paralyser les activités du parquet pendant des semaines pour exiger son départ.

Guy Alexis

Mais derrière le sort du commissaire plane l’ombre de Nenel Cassy. Le 24 mars 2023, le Canada, suivi par les États-Unis, l’avait sanctionné pour ses liens présumés avec des gangs armés.

Quelques mois plus tard, le 9 novembre 2023, un rapport accablant de l’ULCC révélait de graves irrégularités dans ses déclarations de patrimoine : comptes bancaires dissimulés, biens non déclarés et une augmentation inexpliquée de près de 28 millions de gourdes entre 2016 et 2017.

Dans ce même registre de contradictions, les États-Unis ont encore durci leurs sanctions contre plusieurs figures politiques haïtiennes (Nenel Cassy, Rony Célestin, Youri Latortue). Pourtant, en Haïti, aucune poursuite n’a suivi. Le 12 mai 2025, le ministre Patrick Pélissier adressait même une correspondance à Me Frantz Monclair, lui enjoignant de geler uniquement les comptes des personnalités sanctionnées par l’ONU et de diligenter quelques vérifications financières. Ces sanctionnés incluent notamment :

  • Jimmy Chérizier alias « Barbecue », chef de la coalition G9 et de « Viv Ansanm » ;
  • Johnson André, chef du gang « 5 Segond » ;
  • Renel Destina, chef du gang « Grand Ravine » ;
  • Wilson Joseph, chef du gang « 400 Mawozo » ;
  • Vitelhomme Innocent, chef du gang « Kraze Barye » ;
  • Prophane Victor, ancien parlementaire impliqué dans le trafic d’armes, déjà derrière les barreaux ;
  • Luckson Elan, chef du gang « Gran Grif ».

Dans le même temps, le gouvernement se targuait de négocier avec Washington pour arrêter, dès leur retour, les personnes expulsées pour corruption ou liens avec des gangs. Une promesse qui, au lieu de rassurer, dévoile une ironie mordante : l’État fait mine de sévir au-delà de ses frontières alors qu’il s’abstient d’agir sur son propre sol.

C’est dans ce contexte qu’en février 2025, la DCPJ lança un avis de recherche contre Cassy. Arrêté le 2 août dans un restaurant huppé de Pétion-Ville, son dossier rebondissait dix-sept jours plus tard, suite à sa libération par le CG Frantz Monclair.

Dans ce climat tendu, la libération de l’ex-sénateur et la mise à l’écart du commissaire apparaissent comme les deux faces d’une même pièce. Une scène où la justice haïtienne, tantôt hésitante, tantôt expéditive, semble jongler avec ses propres contradictions.

Fouye Rasin Nou (FRN)

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