600 millions jetés à l’eau : quand Haïti tourne le dos à la stratégie et s’enchaîne à la dépendance

Les autorités haïtiennes invoquent régulièrement le manque de moyens pour lutter contre l’insécurité croissante. Face à la montée en puissance des gangs armés, elles ont choisi de recourir à une force étrangère, onéreuse et, jusqu’à présent, peu efficace pour démanteler les groupes criminels et reprendre le contrôle des territoires. Pourtant, les événements récents sur la scène internationale offrent un exemple frappant de solutions alternatives, bien moins coûteuses et potentiellement plus efficaces. Et si Haïti décidait, enfin, d’investir stratégiquement dans sa propre sécurité ?

Fouye Rasin Nou, le 2 juin 2025/

Le 1er juin 2025, l’Ukraine a infligé un revers majeur à la Russie en frappant quatre bases aériennes et en détruisant plus de 40 bombardiers stratégiques russes, faisant partie intégrante de la triade nucléaire de Moscou. L’attaque, menée à l’aide de drones kamikazes FPV (First Person View) de 13 à 15 pouces, a été rendue possible grâce à des équipements dont le coût unitaire est estimé à seulement 430 dollars américains. En clair, des appareils artisanaux à faible coût ont réussi à neutraliser des avions militaires valant jusqu’à 100 millions de dollars chacun.

Pendant ce temps, en Haïti, le gouvernement continue de miser sur une mission multinationale censée combattre les gangs armés, lesquels contrôlent plus de 80 % de la capitale et de nombreuses zones provinciales. Cette mission, évaluée à 600 millions de dollars américains, n’a jusqu’ici produit que des résultats marginaux, voire décevants. Deux ans après son déploiement, les gangs n’ont pas reculé ; au contraire, ils continuent de gagner du terrain.

Avec une fraction de ce budget colossal, Haïti aurait pu équiper convenablement la Police nationale d’Haïti, renforcer les capacités de ses Forces armées et acquérir des drones semblables à ceux utilisés par l’Ukraine. Ces technologies accessibles pourraient servir à surveiller, localiser et neutraliser les chefs de gangs dans leurs bastions.

D’après une analyse du Royal United Services Institute (RUSI), un drone FPV utilisé en Ukraine coûte en moyenne 400 à 500 dollars l’unité. À ce prix, les 600 millions de dollars engagés pour la mission multinationale en Haïti auraient permis l’achat d’environ 1,2 million de drones. En comparaison, la formation d’un opérateur de drone coûte environ 2 000 dollars dans les centres civils d’Europe de l’Est, selon Dronarium Academy, ce qui permettrait de former plus de 10 000 agents haïtiens pour surveiller et neutraliser les gangs sur le terrain. Ces données illustrent une évidence : une stratégie technologique et locale, bien pensée, aurait coûté moins cher et produit plus de résultats que l’intervention étrangère actuelle.

Autrement dit, au lieu de dépenser à perte dans une opération étrangère coûteuse, une gestion plus stratégique et efficiente des ressources disponibles aurait pu permettre de frapper au cœur du phénomène de la gangstérisation. Les 600 millions de dollars dépensés jusqu’à présent auraient permis l’acquisition massive d’outils modernes capables de transformer la lutte contre l’insécurité.

La véritable question demeure : le gouvernement haïtien a-t-il réellement la volonté d’éradiquer les gangs armés ? Peut-il, ou veut-il, investir dans une stratégie de sécurité nationale fondée sur l’intelligence, la technologie et la souveraineté ? Ou bien est-il prisonnier des conditions opaques qui ont présidé à la formation du Conseil présidentiel de transition, limitant ainsi sa marge de manœuvre ?

Domond Willington/Fouye Rasin Nou(FRN)

3 thoughts on “600 millions jetés à l’eau : quand Haïti tourne le dos à la stratégie et s’enchaîne à la dépendance

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